Rencontre avec les créateurs d’Atelier Unes

Une membre du Collectif est allé à la rencontre des deux créateurs d’Ateliers Unes, Violette et Mathieu. Ils nous ont accueilli au sein de leur espace de travail, l’Atelier Meraki dans le 11ème arrondissement de Paris. Violette est styliste ; Mathieu est passé par le conseil, le développement web pendant deux ans et demi, et ensuite par le marketing. Ensemble, ils ont décidé de créer une marque de robes éco-responsables.

Ils vous disent tout dans cette interview !

Portrait de Violette et Mathieu créateurs d'Atelier UnesViolette : J’avais pour projet de lancer ma marque, de faire quelque chose d’assez classique. Mais j’ai participé à un eco-fashion tour avec Sloweare où j’ai pu rencontrer de nombreuses boutiques qui pratiquent la teinture végétale, utilisent du coton bio ou des friperies. Ça a été un déclic pour moi, il y a deux ans. Ça a remis en question mon projet, je me suis posée pas mal de questions. Mathieu avait lui aussi des projet

Citation : Ça a été un déclic pour moi, il y a deux ans. fin citation

Mathieu : J’ai commencé à m‘intéresser à la mode éthique. La mode est vraiment une industrie super polluante et j’ai toujours eu envie d’avoir un impact social ; je me suis dit que j’avais une occasion d’en avoir un, sous un angle fun : le plaisir, la mode

Mathieu/ Violette : Du coup on s’est retrouvé autour de ce projet. On a participé à Ticket For Change, un accélérateur de projets pour des entrepreneurs sociaux. Ça nous a bien aidé à développer l’idée jusqu’au premier prototype. Ça a commencé en juin et jusqu’à décembre [2017], date à laquelle  on a lancé la première collection. Avant de créer cette collection, on a fait participer notre communauté sur les réseaux sociaux, pour avoir leur avis. On a commencé à créer cette communauté en mai (2017), d’abord nos proches, puis ensuite on a fait grandir la communauté.

Mathieu : En fait on a cherché un concept. On a bien conscience que ce qui marche c’est l’histoire derrière le produit. On a galéré, c’était assez long et sinueux. Le concept qu’on a trouvé, c’est de développer des imaginaires de robes avec notre communauté. Un imaginaire se transmet avec des personnes, ça favorise la création.

Laura : On peut dire que c’est de la co-création ?

Violette : Je prends les idées des gens, je m’inspire de tout ce que le client mais c’est quand même moi qui ai le dernier mot sur la création.

Mathieu : C’est pas vraiment de la co-création. On veut quand même se protéger et garder notre style.

Violette : C’est une conversation avec notre communauté. C’est redescendre, se rapprocher le plus possible des clients, les mettre au centre du processus parce que c’est eux qui achètent, qui savent ce qu’ils veulent.

[…] se rapprocher le plus possible des clients, les mettre au centre du processus parce que c’est eux qui achètent, qui savent ce qu’ils veulent.

Laura : Ce dialogue a été fait en virtuel, par des rencontres, ou les deux ?

Mathieu/Violette : On a aussi fait des rencontres, une quinzaine entretiens privés avec des filles de tout âge, toutes situations. Ça nous a aidé à comprendre où elles en étaient dans leur consommation. Il y a encore beaucoup de filles qui ont du mal à passer le cap de la mode. Elles étaient dans l’alimentation, les cosmétiques mais le dernier pas à franchir, c’était la mode responsable.

Laura : Parce que c’est un achat automatique, on ne réfléchit pas aux impacts derrière.

Mathieu : Et pourtant c’est la deuxième industrie la plus polluante du monde, avant l’alimentation.

Aujourd’hui, la consommation est le nouvel acte de vote citoyen. Et maintenant les gens commencent à réaliser que leur consommation a un impact. Carrefour et Monoprix font du bio et du vrac maintenant ; ils savent qu’il y a un marché. Là, l’enjeu c’est de montrer qu’il y a un marché de la mode éthique.

Laura : Mais c’est encore un marché de niche.

Mathieu/Violette : C’est sur, mais ça commence à bouger. Les grosses marques s’y mettent, même s’il y a du greenwashing. Si H&M a lancé H&M Conscious, c’est qu’ils se rendent compte qu’il y a une demande du consommateur. Dans toutes les discussions sur la mode, on parle toujours de la quête de sens.

Les gens savent très bien que le next step après le bio, c’est les cosmétiques, et après en sortant du corps, c’est les fringues. Du coup à un horizon de 5-10 ans, la mode éthique ne sera plus appelée comme ça, ce sera juste la mode.

[…] à un horizon de 5-10 ans, la mode éthique ne sera plus appelée comme ça, ce sera juste la mode.

Laura : Vous en êtes où au niveau de la production de vos robes ?

Mathieu/Violette : On a lancé la collection en décembre, on a fait un marché de Noël ici à l’Atelier Meraki pour inviter les clientes, pour qu’elles essayent et on a fait une période de pré-commande sur le site. Donc on a déjà fait quelques ventes, et là on est en re-période de ventes.

On fonctionne uniquement en pré-commande pour le moment : sur deux semaines, par exemple, on ouvre le site et on fait produire. Ça met un mois à produire : toutes nos robes sont en coton bio certifié GOTS.

On les achète sur un site qui revend des matières, des tissus biologiques uniquement. Le coton vient de Turquie, il est fabriqué dans des usines avec des bonnes conditions. Les robes sont disponibles en trois coloris et en trois longueurs différentes. On peut ajuster la longueur en fonction de la taille. Et on fait produire les robes à Paris, avec une coopérative d’artisans.

Laura : Sur le site, ce n’est pas vraiment expliqué, n’est-ce pas ?

Mathieu/Violette : La partie artisans de Paris n’est pas sur le site. Parce qu’en fait on n’a pas envie de produire à Paris dans le futur parce que ça nous coûte trop cher. On aimerait bien aller au Portugal, on a déjà rencontré plusieurs entreprises avec qui on pourrait travailler. Mais pour l’instant ils nous demandent beaucoup de quantité. Donc pour la praticité on est resté à Paris mais c’est trop cher et cela ne nous permet pas de gagner notre vie. On cherche encore à développer notre circuit.

Laura : Pour l’instant vous contrôlez totalement votre chaîne de production ?

Mathieu/Violette : Oui, on a une mini chaine de prod’ qu’on contrôle, mais qui ne va pas suffire. Il faut qu’on trouve une usine plus grande, il faut réduire les coûts, pour l’instant on ne fait pas assez de marge. Du coup, il faut déplacer la prod’ et augmenter un peu les volumes.

Laura : Quelle est votre vision de long terme ?

Mathieu/Violette : La vision c’est de montrer qu’il y a des choses possibles dans la mode. En étant unis, on peut faire des choses. D’où le Unes avec un « s » : une personne, associée à toutes les autres, ça fait un tout, ça permet d’avancer.

Cette vision, c’est la partie création, dialogue sincère avec le client. Et ensuite il y a la partie rencontre à l’atelier, qui va être des rencontres physiques régulières autour de certains sujets. Par exemple, faire des ateliers DIY, Zéro déchet, customisation des robes, faire des petits objets avec les chutes pas utilisées…

Laura : Justement, vous prenez en compte l’optimisation des déchets et chutes au niveau de la conception ?

Violette : Oui, ce n’est pas évident. Il faut penser le vêtement en l’optimisant, dès le départ. Pour l’instant j’ai commencé à y réfléchir mais on a tellement de problématiques à régler en même temps…

Laura : D’ailleurs lors de ta formation en stylisme, vous êtes formés là-dessus ?

Violette : Pas du tout, on n’est pas du tout formé à optimiser alors que ça réduit les coûts. J’avais fait une conférence sur la mode zéro déchet où les deux stylistes soulignaient ce manque de formation. Pour faire du zéro déchet, il faut déconstruire les bases qu’on a apprises.

Mathieu : Pour l’instant on fait du travail incrémental. On se focalise sur la matière et le respect. Il y a des ateliers pas certifiés avec qui on peut travailler, on leur a rendu visite et ça suffit en fait. Les labels c’est pas toujours le mieux, l’important c’est de connaître tous les fournisseurs et d’avoir un cercle de confiance.

  […] l’important c’est de connaître tous les fournisseurs et d’avoir un cercle de confiance.

Laura : Dans une démarche de transparence, vous voulez rendre public vos fournisseurs ?

Mathieu/Violette : Oui. Sur notre page produits, on indique nos fournisseurs. On n’a pas encore eu le temps de tout expliquer. Il faut qu’on crée une page qui présente tout l’aspect éthique, pour faire comprendre notre démarche.

Là on est en train de le faire, sur Instagram. On vient de poster ce matin (mercredi 17 janvier 2018) des découpes d’une vidéo qu’on a faite qui montre nos robes, notre univers. Là on publie une vidéo sur le coton bio certifié, ensuite la confection à Paris puis l’atelier, les rencontres.

Laura : Faut-il mettre plus en avant votre démarche éthique ?

Mathieu/Violette :  L’éthique, c’est un axe qui permet de débloquer des marchés. La marque de chaussurers Veja maintenant n’en parle plus trop, parce qu’ils sont déjà connus. Nous, on n’est pas connus, donc il faut plus parler éthique. C’est ce qu’on va faire, on n’en a pas encore assez parlé pour l’instant. C’est ce qu’on fait avec notre vidéo sur Instagram ; on va plus parler de nos histoires, sur la première fois. Ça parle à pleins de gens.

Laura : D’ailleurs vous trouvez que les autres créateurs sont sensibilisés à ces thématiques de développement durable ?

Mathieu : Pas du tout, on est les seuls.  Il y en a pas mal qui surfent sur la vague ethnique. Mais ils ne s’intéressent pas trop à la matière. En fait, ce qui est dur c’est que les consommateurs ne sont pas encore prêts à mettre plus cher.

Une robe à 150 euros, de notre point de vue c’est compliqué, c’est pas assez cher (!). Il y a des jours de travail de confection, de couture, de l’agriculture, du tissage, teinture, vente, de la livraison, tout ça. Un artisan qui confectionne sa robe à Paris doit être payé au minimum au SMIC, ce qui est peu parce qu’il a des compétences, il passe une journée de travail à faire la robe. Il faut respecter les gens ; à Paris c’est dur de vivre avec un SMIC. Mais les consommateurs ne voient pas ça.

Du coup, les autres créateurs essaient de réduire les coûts à toutes les étapes de la production, c’est un cercle vicieux. Il faut arriver à changer ça.

Laura : Mais du coup seulement ceux qui ont les moyens peuvent acheter ce genre de robes.

Mathieu/Violette : Le problème est que tu mets de moins en moins d’argent pour une fringue. Mais tu en achètes pleins. La consommation de ces 50 dernières années est intenable, en terme de ressources etc. On est en train de sortir un peu de cette consommation effrénée, on repense à comment nos grands-parents faisaient, ils faisaient déjà du vrac, des mouchoirs en tissu, avec un jardin pour cultiver. L’idéal des grands-parents nous fait plus rêver que l’idéal de nos parents, aujourd’hui.

On est en train de trouver de nouvelles formes de business, qui permettent de mieux rémunérer les gens avec cette robe à 150€. Si tu veux travailler avec des distributeurs, le problème c’est qu’ils ne te laissent que 30% du prix total de vente. Sur une robe à 150 euros il y aurait 100 euros pour le distributeur et 50 euros pour nous. Ensuite avec ces 50 euros il faut payer le tissu, la confection, le marketing, et nous ! C’est juste intenable comme système.

Laura : D’ailleurs quel est votre business model ?

Mathieu/Violette : On est en train de chercher des business model sympas. On regarde, par exemple Wear Limonade a un business model marrant où ils vendent leurs patrons. Ça ne leur coûte rien, ils vendent ça en plus et ça leur permet de gagner de l’argent, d’avoir un avantage concurrentiel et peut-être de diminuer leur marge du coup.

On aimerait bien mettre du temps pour la partie atelier, rencontres. Mais on veut trouver un autre truc pour se démarquer, sans trop engager nos ressources. De revendre une partie de la création.

 La valeur est dans la création.

La valeur est dans la création. On va peut être revendre nos patrons à des filles qui veulent faire de la couture. Ça permet de toucher une autre cible : celles qui peuvent pas se permettre une robe à 200€ elles peuvent acheter le patronage pour 15€ par exemple pour se faire la robe. On peut les accompagner avec des ateliers couture. Il faut sortir de la vente pure et dure.

On a fondé un comité éthique, ça fait partie de nos statuts d’entreprise. On est la première marque à avoir les statuts économie sociale et solidaire (ESS). Et du coup on a des obligations derrière, d’avoir une gouvernance plus démocratique avec des gens extérieurs (experts de la teinture, etc) qui deviennent des garants de l’éthique.

Notre conclusion

Notre rencontre avec Violette et Mathieu s’achève ici pour le moment, nous retiendrons leur philosophie  “Il faut prendre du temps pour faire les choses bien”. En conclusion, une petite collection de jolies robes éthiques, faites sur Paris, dont la suite promet une belle aventure. Nous espérons que nos deux entrepreneurs rencontreront le succès avec leur concept collaboratif et arriverons à séduire avec leurs tenues personnalisées, pour que la “première fois” voit bien d’autres collections se succéder… 😉   

Leur page Facebook  – –  Leur site web

Propos recueillis par Laura Gauvrit

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Une réflexion sur “Rencontre avec les créateurs d’Atelier Unes

  1. Bonsoir le collectif démarque.

    Je trouve l’article intéressant et éclairant. Je comprends mieux les démarches des deux créateurs car sur leur site internet, nous manquons d’informations comme la confection, la découpe etc. Je tiens à avoir ce genre d’infos avant d’acheter et je me sens en confiance!

    Merci et j’attends vos prochains articles 🙂

    – Slow fashion gangsta –

    Aimé par 1 personne

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